Dans quelle revue publier sa thèse de médecine ?

Une méthode de tri pour choisir une revue adaptée à son article de thèse : adéquation au sujet, indexation, SIGAPS, visibilité, frais, délais et fiabilité.

Choisir une revue où publier sa thèse de médecine ne consiste pas à prendre la revue avec le meilleur Impact Factor. La bonne revue est celle qui correspond à votre sujet, à votre type d’article, à votre niveau d’ambition et à vos contraintes pratiques.

Le choix doit aussi éviter deux erreurs fréquentes : viser trop haut et perdre plusieurs mois, ou viser trop vite une revue peu crédible. Cette page propose une méthode de tri, à utiliser avec le guide Publication scientifique et le parcours complet des guides de thèse.

La réponse courte

Pour choisir une revue, commencez par construire une liste de 5 à 10 revues candidates, puis comparez-les avec les mêmes critères.

CritèreQuestion à se poserPourquoi c’est important
SujetLa revue publie-t-elle vraiment ce type de travail ?Une revue proche du sujet comprend mieux l’intérêt de l’article
Type d’articleAccepte-t-elle les études observationnelles, cas cliniques, revues, lettres ?Certaines revues refusent des formats entiers
IndexationLa revue est-elle indexée MEDLINE, PubMed, Web of Science, Scopus ou DOAJ ?L’indexation influence la visibilité et la crédibilité
SIGAPSLa revue est-elle reconnue dans SIGAPS si c’est un enjeu local ?Cela peut compter pour la valorisation hospitalière
AmbitionLe niveau de la revue est-il réaliste pour votre travail ?Un mauvais calibrage peut coûter plusieurs mois
FraisLes frais de publication sont-ils connus et acceptables ?Les APC peuvent être élevés en open access
DélaisLa revue annonce-t-elle des délais raisonnables ?Important si l’article doit sortir rapidement
FiabilitéLe peer review et le comité éditorial sont-ils crédibles ?Essentiel pour éviter les revues prédatrices

L’objectif n’est pas de trouver “la meilleure revue” dans l’absolu, mais la meilleure revue pour votre manuscrit.

Étape 1 : préciser ce que vous voulez publier

Avant de chercher une revue, clarifiez le type de manuscrit que vous avez entre les mains.

Une thèse de médecine peut donner lieu à plusieurs formats :

  • article original ;
  • brief report ou short communication ;
  • case report ;
  • revue narrative ;
  • revue systématique ;
  • lettre à l’éditeur ;
  • article méthodologique ;
  • article pédagogique.

Ce point change tout. Une revue peut être excellente dans votre spécialité et refuser les case reports. Une autre peut publier des études observationnelles, mais exiger une structure, une longueur ou des reporting guidelines précis.

Si votre thèse est une étude observationnelle, vérifiez aussi que le manuscrit respecte les attendus STROBE. L’article dédié à l’utilisation de STROBE pour une thèse observationnelle peut vous servir de checklist.

Étape 2 : chercher les revues proches du sujet

Commencez par les revues qui publient déjà des articles proches du vôtre.

Une méthode simple :

  1. reprenez les 10 à 20 articles les plus proches de votre travail ;
  2. notez les revues dans lesquelles ils ont été publiés ;
  3. regardez les articles récents de ces revues ;
  4. vérifiez si elles publient des travaux comparables en population, méthode et niveau de preuve.

Cette démarche peut être complétée par la classification des revues dans SIGAPS ou Web of Science, notamment par discipline.

Accès à la classification des revues dans une interface SIGAPS

Les disciplines sont un premier filtre, pas une réponse définitive. Une revue classée en “Emergency Medicine” peut être très spécialisée et ne pas correspondre à votre article, même si votre étude a eu lieu aux urgences.

Exemple de filtre par discipline pour rechercher des revues candidates dans SIGAPS

Les données détaillées issues de SIGAPS ou de Journal Citation Reports sont soumises à des conditions d’accès. Ne diffusez pas de tableaux complets de revues ou de métriques extraites de ces plateformes. Pour un interne, le plus simple est souvent de se rapprocher d’un universitaire, de la direction de la recherche ou de la bibliothèque médicale de l’établissement.

Étape 3 : vérifier l’indexation

En médecine, l’indexation est un critère majeur. Elle conditionne la visibilité de l’article, sa facilité à être retrouvé et parfois sa valorisation institutionnelle.

Il faut toutefois distinguer plusieurs notions.

TermeCe que cela signifie en pratique
PubMedMoteur de recherche biomédical maintenu par la NLM, avec des références venant de plusieurs sources
MEDLINEBase bibliographique majeure de la NLM, avec sélection éditoriale et indexation MeSH
PMCArchive en texte intégral ; une revue peut avoir des articles dans PMC sans être indexée MEDLINE
Web of ScienceBase utilisée notamment pour les Journal Citation Reports et le Journal Impact Factor
ScopusBase bibliographique d’Elsevier, utile pour certaines disciplines
DOAJRépertoire de revues open access évaluées selon des critères de qualité

La NLM rappelle qu’un article présent dans PubMed ne signifie pas automatiquement que la revue est actuellement indexée MEDLINE. Pour le vérifier, utilisez le NLM Catalog et cherchez le statut “Currently indexed for MEDLINE”.

Filtre permettant de repérer les revues actuellement indexées MEDLINE dans une interface de recherche

Si vous utilisez SIGAPS, le statut d’indexation peut aussi être affiché dans les résultats.

Exemple de colonne de statut d'indexation d'une revue dans un résultat SIGAPS

Pour un article de thèse de médecine, une revue actuellement indexée MEDLINE est souvent un choix rassurant. Ce n’est pas le seul critère, mais c’est un bon signal.

Étape 4 : utiliser l’Impact Factor sans le surinterpréter

Le Journal Impact Factor est une métrique de revue, produite dans Journal Citation Reports par Clarivate. Il reflète le nombre moyen de citations reçues, pendant une année donnée, par les articles publiés dans cette revue pendant les deux années précédentes.

Sous forme simplifiée :

JIF année X = citations en X aux articles publiés en X-1 et X-2 / articles citables publiés en X-1 et X-2

Un Impact Factor élevé peut traduire une forte visibilité. Il signifie aussi souvent que la revue est plus sélective.

Mais il ne faut pas lui demander plus que ce qu’il mesure :

  • il ne mesure pas la qualité de votre article ;
  • il ne prédit pas à lui seul vos chances d’acceptation ;
  • il ne remplace pas l’adéquation entre le manuscrit et la ligne éditoriale ;
  • il varie fortement selon les disciplines.

Dans SIGAPS, les revues sont classées par catégorie, ce qui peut être utile si l’enjeu est la valorisation hospitalière ou universitaire. Pour comprendre le fonctionnement général, vous pouvez lire l’article sur l’intérêt des points SIGAPS et celui sur la valeur des points SIGAPS.

Vous pouvez aussi simuler certains scénarios avec SigapsCalculator.

Étape 5 : calibrer votre stratégie de soumission

Une stratégie réaliste peut comporter trois niveaux.

NiveauExemple de revueQuand l’envisager
AmbitieuxRevue très visible, très sélectiveRésultat original, méthode solide, intérêt large
Cible principaleRevue spécialisée, bonne adéquation au sujetManuscrit de qualité, audience claire, chances raisonnables
Repli acceptableRevue plus spécialisée ou moins sélectiveArticle utile mais portée plus locale ou méthode plus limitée

Soumettre d’abord à une revue très ambitieuse peut se défendre si l’article est solide et si vous acceptez le risque de délai. Mais pour une thèse transformée en article, la meilleure stratégie est souvent de viser une revue cohérente avec le niveau réel du travail.

Avant de soumettre, vérifiez :

  • le type d’articles acceptés ;
  • la longueur maximale ;
  • le nombre de tableaux et figures ;
  • les exigences de reporting ;
  • les règles de références ;
  • les frais de soumission ou de publication ;
  • la politique open access ;
  • les délais annoncés ;
  • les exigences éthiques et déclarations obligatoires.

Les “Author Guidelines” ne sont pas une formalité. Elles peuvent faire gagner ou perdre beaucoup de temps.

Étape 6 : ne soumettre qu’à une seule revue à la fois

En publication biomédicale, vous ne devez pas soumettre le même manuscrit simultanément à plusieurs revues.

Les recommandations ICMJE sont claires : un même manuscrit, dans la même langue ou dans une autre langue, ne doit pas être soumis en même temps à plusieurs journaux.

La bonne séquence est :

  1. soumettre à une revue ;
  2. attendre la décision ;
  3. répondre aux reviewers si une révision est proposée ;
  4. en cas de rejet, adapter le manuscrit ;
  5. soumettre à la revue suivante.

Si vous souhaitez retirer un manuscrit avant décision, faites-le officiellement via la plateforme ou par message à l’éditeur. Ne soumettez pas ailleurs tant que le retrait n’est pas confirmé.

Étape 7 : éviter les revues prédatrices

Une revue prédatrice donne l’apparence d’une revue scientifique, mais ne fournit pas les garanties attendues : évaluation par les pairs sérieuse, transparence éditoriale, comité identifiable, politique claire sur les frais et l’éthique.

Les signaux d’alerte :

  • promesse d’acceptation ou de relecture en quelques jours ;
  • e-mails de sollicitation très génériques ;
  • frais difficiles à trouver avant soumission ;
  • comité éditorial flou ou invérifiable ;
  • site web approximatif ;
  • faux Impact Factor ou métriques inventées ;
  • champ éditorial beaucoup trop large ;
  • revue absente des bases où elle prétend être indexée.

La ressource Think. Check. Submit. propose une checklist utile pour évaluer une revue. Pour les revues open access, le Directory of Open Access Journals est également une source utile.

La liste de Beall peut encore être citée dans certains échanges, mais elle n’est plus une source officielle tenue à jour. Elle ne doit pas être votre seul outil de décision.

Étape 8 : utiliser les outils de suggestion avec prudence

Des outils peuvent vous aider à identifier des revues candidates à partir du titre ou du résumé :

Ces outils sont utiles pour démarrer une liste, mais ils ne remplacent pas votre vérification.

Pour chaque revue proposée, contrôlez :

  • les articles récemment publiés ;
  • l’indexation ;
  • les frais ;
  • les délais ;
  • les instructions aux auteurs ;
  • la qualité du comité éditorial ;
  • la cohérence avec votre discipline.

Checklist avant de choisir la revue

Avant de soumettre, vous devriez pouvoir répondre oui à ces questions :

  • Le sujet de l’article correspond-il clairement au périmètre de la revue ?
  • La revue publie-t-elle le même type d’article ?
  • Des articles proches du vôtre ont-ils été publiés récemment ?
  • L’indexation est-elle vérifiée dans une source fiable ?
  • Les frais sont-ils connus avant la soumission ?
  • Les instructions aux auteurs sont-elles compatibles avec votre manuscrit ?
  • Les auteurs sont-ils d’accord sur la revue choisie ?
  • Le manuscrit n’est-il soumis nulle part ailleurs ?
  • Le niveau d’ambition est-il cohérent avec la qualité et la portée du travail ?
  • La revue ne présente-t-elle pas de signal d’alerte prédateur ?

Sources utiles

En pratique

Pour publier une thèse de médecine, partez de votre sujet et de votre article, pas du prestige de la revue. Une revue spécialisée, indexée, fiable et réellement intéressée par votre méthode vaut souvent mieux qu’une revue très prestigieuse mais peu adaptée.

Le bon choix est celui qui maximise vos chances d’une publication utile, visible et défendable. Pour replacer cette étape dans la valorisation globale du travail, poursuivez avec le guide Publication scientifique.

Questions fréquentes

Faut-il absolument publier dans une revue indexée MEDLINE ?

Ce n’est pas toujours obligatoire, mais c’est souvent préférable en médecine. Une revue indexée MEDLINE donne généralement une meilleure visibilité et limite le risque de choisir une revue peu reconnue.

PubMed et MEDLINE, est-ce la même chose ?

Non. MEDLINE est une base bibliographique de la NLM et constitue une composante majeure de PubMed. La présence d’un article dans PubMed ne signifie pas forcément que la revue est actuellement indexée MEDLINE.

Faut-il viser la revue avec le meilleur Impact Factor ?

Pas forcément. L’Impact Factor peut aider à situer une revue, mais le meilleur choix dépend surtout de l’adéquation au sujet, de l’audience, du type d’article, des frais, des délais et des chances réalistes d’acceptation.

Peut-on soumettre le même article à plusieurs revues ?

Non. En publication biomédicale, il ne faut pas soumettre le même manuscrit simultanément à plusieurs revues. Il faut attendre une décision ou retirer le manuscrit avant de le soumettre ailleurs.

Comment repérer une revue prédatrice ?

Il faut vérifier l’indexation, la transparence des frais, la réalité du peer review, l’identité du comité éditorial, la qualité du site et les signaux d’alerte proposés par des ressources comme Think. Check. Submit.